André Kertész est né en 1894 à Budapest, en Autriche-Hongrie. Photographe majeur du XXe siècle, la photographie est avant tout pour lui un « journal intime visuel ».

Il est considéré comme le pionnier du photo-journalisme, même s’il revendique ne faire partie d’aucun mouvement ou genre photographique.

Le premier Ica d’André Kertész

À six ans, Kertész trouve dans un grenier des revues sur la photographie. L’envie de devenir photographe le submerge. Treize ans plus tard, et alors que tout le destine à travailler dans les affaires, son rêve de photographie prend vie.

À dix-neuf ans et le bac en poche, il achète son premier appareil Ica. Il commence à immortaliser non seulement ce qu’il voit, mais surtout ce qu’il ressent. Son appareil est ce qu’il a trouvé de mieux pour s’exprimer tout au long de sa vie.

C’est un outil, pour donner une expression à ma vie, pour décrire ma vie, tout comme des poètes ou des écrivains décrivent les expériences qu’ils ont vécues. C’était une façon de projeter les choses que j’avais trouvées.

Il débute en photographiant sa famille, et son entourage proche. Un an plus tard, en 1914, il sert dans l’armée austro-hongroise et réalise de nombreux clichés du quotidien des soldats. Il incarne le photojournaliste moderne, loin des mises en scène dramatiques prisées par les pictorialistes classiques de l’époque.

En 1915, il est gravement blessé au bras gauche. Paralysé, il se repose pendant une année à l’hôpital d’Esztergom où il photographie son quotidien. Le Nageur est sans doute l’image la plus connue prise pendant sa convalescence. Elle représente le corps distordu d’un homme sous la surface de l’eau. Cette image a beaucoup inspiré Kertész pour sa série Distorsions publiée soixante-et-un an plus tard.

Nageur sous l'eau, Esztergom, 1917 - André Kertész
Nageur sous l’eau, Esztergom, 1917 – André Kertész

En 1916, il remporte le concours du Borsszem Janko Magazine avec un autoportrait original. Un an plus tard, le magazine Erdekes Ujsag publie quelques unes de ses premières photographies. Malheureusement, une grande partie de ses plaques et négatifs est détruite en 1918, lors de la révolution hongroise.

Puis contraint, il retourne travailler dans les affaires, à la bourse. La photographie devient un passe-temps au déjeuner et pendant les weekends. Mais dans ce nouveau quotidien qui ne lui plait guère, il rencontre Erzsebet Salomon (Elisabeth Saly), qu’il épousera quelques années plus tard.

L’envole pour Paris

En 1922, Kertész obtient un diplôme d’honneur de la Société hongroise de photographie. Trois ans plus tard, il part à la conquête de la capitale française, et y vit une dizaine d’année.

Dès son arrivée, il rencontre de nombreux artistes et intellectuels. Loin d’adhérer aux idées surréalistes ou constructivistes des gens qu’il côtoie, il laisse derrière lui de nombreux clichés. Parmi les plus célèbres aujourd’hui, Les lunettes et la pipe de Mondrian ou encore les portraits de Colette et Eisenstein.

Les lunettes et la pipe de Monbrian, 1926 - André Kertész
Les lunettes et la pipe de Monbrian, 1926 – André Kertész

Portrait de Colette, 1930 - André Kertész
Portrait de Colette, 1930 – André Kertész

Pour gagner sa vie, il commence par vendre ses tirages à 25 Francs pièce. Puis il travaille  avec de nombreux magazines dont Frankfurt Illustrierte, Berliner Illustrierte, le Nationale de Fiorenza, Sourire, The Times et Uhu.

En 1927, il organise sa première exposition personnelle à la galerie Le sacre du printemps. Un an plus tard, il initie Brassaï à la photographie. Toujours en 1928, Kertész achète son premier Leica, plus léger et plus maniable. Ce nouvel appareil lui donne l’agilité nécessaire pour ses photographies de rue, parfois prises à la volée.

En septembre 1928, il participe au Salon de l’escalier, premier salon indépendant de la photographie moderne.

À la conquête de l’Ouest, New York

Après avoir reçu la médaille d’argent à l’Exposition coloniale de Paris en 1930, Kertész épouse Elisabeth Sali en 1933 puis publie son premier livre, Enfants.

Trois plus tard, ils s’installent à New York. Kertész y décroche un contrat avec l’agence presse Keystone. Il travaille également pour différents journaux de mode dont Vogue, Harper’s Bazaar et Collier’s. Loin de l’envie de céder au style photographique américain, bon nombre de ses reportages ne sont alors pas publiés.

En 1944, il est naturalisé américain. Il tente de rapatrier ses clichés restés en France, mais environ 60% de ses plaques sont détruites lors du transport.

À partir de 1949, il commence à travailler sur de la photographie d’architecture d’intérieur pour l’éditeur Condé Nast. Cette collaboration dure jusqu’en 1962, année où le photographe est hospitalisé et met fin à son contrat.

Dès lors, Kertész photographie pour son plaisir. Il passe beaucoup de temps à photographier les gens et son environnement depuis sa terrasse new yorkaise qui offre une vue imprenable sur Washington Square.

Distortion #128, 1933 - André Kertész
Distortion #128, 1933 – André Kertész

Washington Square, New-York, 1954 - André Kertész
Washington Square, New-York, 1954 – André Kertész


From my window, New York 1979-81 - André Kertész
From my window, New York 1979-81 – André Kertész

Les années 60s marquent un tournant dans la carrière de Kertész. Il expose à de nombreuses reprises à travers le monde. Entre autres, il expose à New York et Paris en 1963, à Stockholm et Budapest en 1971 et à Helsinki en 1972. 

Dans la même période, il multiplie les publications. En 1976, Distorsions retient l’attention avec ses photographies aux formes inconnues et pourtant familières.

À l’âge de 84 ans, il publie des photographies en couleur cette fois-ci, prises avec un Polaroid SX-70. C’est l’une de ses dernières œuvres où il met en scène un objet en verre qui représente symboliquement sa défunte femme.

Autoportrait, 1929 - André Kertész
Autoportrait, 1929 – André Kertész

Oeuvres

  • Enfants, 1933
  • Paris vu par André Kertész, 1934
  • Nos Amies les Bêtes, 1936
  • Day of Paris, 1945
  • André Kertész, 1967
  • Lectures, 1971
  • André Kertész : soixante ans de photographie 1912-1962, 1972
  • J’aime Paris, 1974
  • Distorsions, 1976
  • Dans New York, 1976
  • Washington Square, 1976
  • André Kertész, 1977
  • Une Autre Façon de Raconter, 1981
  • À ma Fenêtre, 1982